Censure et journaux populaires - conférence

Presse pestilentielle : la censure des journaux populaires au Québec, 1955-1970
Compte-rendu de la conférence de Viviane Namaste



Par Guillaume Bouchard Labonté (27/09/17)


Nous avons déjà écrit une critique du dernier livre de l’historienne et sociologue Viviane Namaste, enseignante à l’Université Concordia. Nous ne reviendrons donc pas tant sur son contenu que sur quelques enjeux qui ont été soulevés au cours de cette conférence tenue en pleine canicule automnale.


Dans notre critique du livre de Namaste, nous avions omis de mentionner une des ses importantes thèses : l’utilisation de l’argument national, voire racial – avec cette définition assez mal vieillie de « race » que l’on connaît encore dans les années 50 –  afin de justifier la censure. Au cours de sa conférence, l’historienne est revenue assez délicatement sur ce rapprochement. Il semble que, malgré le potentiel du livre en terme de scandale, ce fut cet élément qui a causé le plus de controverse avant, pendant et après la publication.  Car il s’agit entre autres, chez les censeurs, de préserver la « race canadienne-française » en empêchant sa jeunesse d’être subvertie par des lectures qui ne mettraient pas les valeurs traditionnelles de l’avant. Et il semble que ce soit un sujet encore sensible.


Ce n’est évidemment pas le seul argument avancé, ni celui qui  semble soutenir tout le reste. Mais il fait définitivement partie du discours. Et rien ne l’illustre mieux qu’une affiche d’époque présentée par l'historienne, décorée de fleurs de lis, et qui affirme : « Le blasphème offense la foi… et la patrie ».


Cette instrumentalisation n’a pas semblé trop émouvoir ni choquer l’auditoire. En revanche, nous avons noté un grand intérêt au sujet de l’implication de groupes de femmes catholiques dans les campagnes de censure des journaux populaires. C’est un véritable interrogatoire que le public a fait subir à la conférencière sur la question : par exemple, on suggère que les Filles d’Isabelle auraient pu participer à de telles campagnes de salubrité littéraire.  Viviane Namaste, de fait, n’a vraiment abordé la question ni dans son livre, ni dans sa conférence. Mais elle nous apprend que ce n’est pas dû à un oubli : elle a carrément labouré les archives cléricales de Rimouski à la recherche d’une trace de cette implication. Cela dit, les preuves assemblées n’étaient tout simplement pas suffisantes! Elle ne manque cependant pas de souligner que la théorie a du potentiel.


La conférence de Viviane Namaste nous a mieux fait comprendre la nature de ses recherches, caractérisées à la fois par l’audace et la prudence intellectuelle. Les échanges qui ont suivi étaient également particulièrement nourrissants. C’est la curiosité scientifique du public et son expérience, de même que l’ouverture de la conférencière qui ont contribué le plus à ce succès.